En marge de l’IEM Cologne Major 2026, Nicolas Maurer, cofondateur et CSO de Team Vitality, nous a accordé un entretien pour évoquer la domination historique de son équipe Counter-Strike, les ambitions mondiales du club français et l’importance grandissante de l’Esports World Cup, qui se tiendra prochainement à Paris.
Après une année et demie exceptionnelle sur Counter-Strike, Vitality ne se contente plus d’accumuler les trophées. Pour Nicolas Maurer, l’équipe actuelle évolue à un niveau rarement, voire jamais vu dans l’histoire du jeu. « On est sur quelque chose de tellement extraordinaire avec cette équipe Counter-Strike depuis un an et demi que ça dépasse probablement le stade d’une analyse normale », confie-t-il.
Une équipe « hors normes »
Portée par un collectif impressionnant et des individualités au sommet, Vitality a construit une domination qui dépasse le simple enchaînement de bons résultats. « On a des joueurs d’un talent incroyable. On a évidemment ZywOo, ça va sans dire. L’addition de ropz est incroyable en termes de game sense, de capacité à être décisif dans les moments les plus clutch, dans les grands matchs et les grandes finales », souligne Nicolas Maurer.
Le dirigeant insiste également sur l’équilibre global du groupe, entre l’expérience d’apEX, la montée en puissance de flameZ et la solidité de mezii. Mais au-delà des individualités, c’est surtout l’alchimie collective qui impressionne. « Il y a un sens du collectif dans le travail, dans le jeu, et même dans la relation qu’ils ont entre eux. Tout ce qu’on veut dans une équipe, quel que soit le sport ou le domaine, en ce moment, on l’a. »
Dans ce contexte, le rôle de Vitality est clair : préserver cette dynamique le plus longtemps possible. « Notre mission, c’est de donner à cette équipe tous les moyens pour que cette phase continue. Il faut avoir le meilleur niveau de préparation, les meilleures infrastructures et préparer le calendrier pour qu’ils soient frais, reposés et motivés. »
Cologne, un rendez-vous pour entrer encore plus dans l’histoire
À Cologne, Vitality arrive avec un statut particulier. L’événement fait partie des rendez-vous les plus prestigieux du circuit Counter-Strike, aux côtés des Majors et de l’IEM Katowice. Pour Nicolas Maurer, le contexte rend cette édition encore plus spéciale. « Cologne, Katowice et les deux Majors, ce sont les trophées qu’on veut gagner chaque année. Pendant longtemps, Cologne nous a échappé », rappelle-t-il, en évoquant notamment la finale perdue en 2019 contre Team Liquid.
Déjà vainqueur à Cologne en 2024, Vitality peut cette fois frapper encore plus fort dans une édition disputée sous le format Major. « Gagner Cologne dans une configuration Major, ce serait exceptionnel. On a la possibilité de faire quelque chose d’inouï, d’extraordinaire », affirme le cofondateur du club.
Pour lui, le constat est déjà clair : « Je suis très convaincu que Vitality est déjà la plus grande équipe de tous les temps sur CS ». Un nouveau sacre permettrait toutefois d’appuyer encore davantage cette affirmation. « On viendrait égaler certains records d’Astralis qui sont encore uniques. Ce serait potentiellement parachever l’histoire de cette équipe et être de très, très loin la meilleure équipe de tous les temps. »
« On voulait être un grand club mondial »
Au-delà de Counter-Strike, Nicolas Maurer est revenu sur la construction de Team Vitality, devenue en quelques années l’une des organisations les plus puissantes de l’écosystème esportif mondial. Selon lui, tout part d’une ambition très claire, présente dès les débuts du club. « On ne voulait pas être un club sur un jeu franco-français. On voulait être un grand club mondial », explique-t-il. « On s’est toujours dit qu’on voulait être un grand club et qu’on prendrait tous les risques pour y arriver. Quitte à exploser en vol, on préférait prendre ces risques plutôt que de devenir quelque chose de moyen. »
Plusieurs décisions ont ensuite marqué l’histoire de Vitality. L’arrivée sur League of Legends en 2015, d’abord, alors que l’organisation venait principalement de la scène console. Puis le choix de rejoindre Counter-Strike fin 2018, au moment où apEX était sur le banc de G2 et où ZywOo s’apprêtait à passer professionnel. « Après coup, ce choix relève de l’évidence. À l’époque, il y avait des doutes. Est-ce que ce gars n’est pas un cheater ? Est-ce qu’il est fort en ligne, mais est-ce qu’il va faire une vraie carrière en pro ? Aujourd’hui, c’est probablement le meilleur choix de l’histoire de Vitality. »
Entre trophées et pérennité, un équilibre difficile
Si Vitality s’est imposé comme une référence sportive, l’organisation doit aussi composer avec les réalités économiques d’un club esportif. Nicolas Maurer reconnaît que l’équilibre entre performance immédiate et construction à long terme reste l’un des grands défis du secteur. « Il y a toujours cette gestion délicate entre le temps long, comment on construit une marque et un business pérenne, et l’urgence permanente de la compétition », analyse-t-il.
Le dirigeant assume aussi les erreurs passées, notamment la superteam League of Legends montée autour de Perkz, qui n’a jamais réussi à répondre aux attentes. « On a investi beaucoup d’argent dans le vide. Mais on savait pourquoi on le faisait. Il y avait toujours cette idée forte : comment devenir l’une des meilleures marques, l’un des meilleurs clubs esport du monde ? »
Vitality veut dépasser le cadre de l’esport
Pour Nicolas Maurer, la prochaine étape du développement de Vitality passera par la diversification. Le club a déjà consolidé sa marque dans l’esport, mais veut désormais créer de nouveaux relais de croissance au-delà de son cœur d’activité. « Le vrai enjeu, c’est comment on diversifie le business, comment on crée de nouveaux leviers de revenus en utilisant la marque forte qu’on a créée », explique-t-il.
L’agence Rushbee, spécialisée dans le conseil gaming aux marques, incarne cette nouvelle direction. « L’idée générale, c’est de se dire : on a une marque forte, comment peut-elle générer du business autrement que dans notre cœur domestique, l’esport ? C’est le prochain grand cycle à venir. »
La France, « l’un des meilleurs écosystèmes mondiaux »
Interrogé sur l’état de l’esport français, Nicolas Maurer se montre très élogieux. À ses yeux, la France fait partie des toutes premières nations mondiales de la discipline. « Je dirais que c’est l’un des meilleurs écosystèmes mondiaux, si ce n’est le meilleur », affirme-t-il. « La France, c’est un grand pays d’esport au niveau de la passion. »
Le dirigeant cite notamment la multiplication des grands événements organisés dans l’Hexagone, des Worlds de League of Legends à Valorant, Rocket League, Fortnite ou encore l’EVO. Il souligne aussi la force des clubs français, de Vitality à la Karmine Corp en passant par Gentle Mates, ainsi que le travail mené par l’Union Française des Clubs d’Esport Professionnel, qu’il préside. « On a un vivier très fort de talents, de fans et de clubs structurés. Et en plus, tout le monde a compris qu’il fallait dépasser le fait qu’on soit concurrents pour travailler ensemble à la pérennisation du secteur. »
Pour Nicolas Maurer, la France n’a pas à rougir face aux géants historiques. « Je dirais que les trois grands pays d’esport aujourd’hui sont la Chine, la Corée et la France. »
L’Esports World Cup à Paris, « un enjeu énorme »
L’arrivée de l’Esports World Cup à Paris représente forcément un moment particulier pour Vitality. Nicolas Maurer reconnaît qu’il ne pensait pas qu’un tel projet puisse voir le jour. « Je ne croyais pas que quelqu’un pouvait réussir à créer un tournoi qui agrégerait tous les jeux et tous les éditeurs autour de la table. Ça me paraissait impensable », confie-t-il.
Mais pour Vitality, le format est presque idéal. « Nous avions déjà vocation à construire le plus grand club mondial et à briller sur tous les jeux majeurs. Et là, un événement vient récompenser les clubs qui brillent le plus au général, pas seulement sur un jeu. Ça colle parfaitement avec notre stratégie. »
À Paris, l’événement prend une dimension encore plus forte. « Ça va être un moyen pour nos fans de suivre Vitality tout l’été. On va avoir énormément d’activations et d’événements pour nos fans et nos partenaires. L’enjeu est énorme, encore plus que d’habitude. »
Sur le plan sportif, Nicolas Maurer refuse toutefois de faire de Vitality le favori naturel. « Très honnêtement, Falcons est favori ». Mais l’organisation française compte bien profiter de ce rendez-vous pour marquer les esprits à domicile.
Objectif : devenir le club numéro un mondial
Pour conclure, Nicolas Maurer ne cache pas l’ambition ultime de Vitality. Déjà installé parmi les plus grandes organisations de la planète, le club français veut désormais franchir le dernier cap. « Aujourd’hui, on peut facilement dire qu’on est dans le top 5 des grands clubs mondiaux », estime-t-il, en citant notamment Team Liquid, T1, G2 Esports ou encore les grandes structures chinoises.
Mais dans trois à cinq ans, le succès aurait une définition très simple : « Si on dit que le club numéro un dans le monde, c’est Vitality, là, ce sera un succès. Et c’est un succès sacrément dur à aller chercher. On se met une certaine pression là-dessus et on va tout faire pour y arriver. »
