La saison 2026 s’ouvre sur un record : l’Esports World Cup démarre le 6 juillet à Riyadh avec 75 millions de dollars de cash prize, qui en font la compétition esport la plus richement dotée jamais organisée. Ce qui est plus discret, c’est que pendant les sept semaines de tournoi, ses flux de données alimenteront en parallèle les retransmissions, les analyses et les cotes des bookmakers du monde entier. Or, une part importante de cette tuyauterie repose, en arrière-plan, sur des sociétés françaises devenues incontournables.
Le bookmaker comme premier client industriel
Leur histoire remonte à 2015 et 2016, quand les deux start-up parisiennes PandaScore et SkillCorner se sont créées presque en parallèle autour d’une même intuition : la vision par ordinateur appliquée aux flux vidéo de sport allait produire un nouveau type de matière première.
À l’époque, les clubs de football n’étaient pas prêts à acheter ce type de service, les médias pas davantage. Un seul acteur, dans l’écosystème, avait à la fois les moyens, l’appétit pour la donnée et un besoin technique immédiat : le bookmaker. Typiquement, ce type d’acteur voulait raffiner ses cotes en temps réel, à mesure que le pari en direct (le « live betting » dans le jargon) devenait majoritaire sur le marché mondial des paris en ligne.
Cette histoire a depuis pris une ampleur mondiale. Les flux de données alimentent quatre univers en parallèle, à commencer par les services de recrutement des clubs. Ils alimentent également les habillages graphiques des chaînes de télévision. Les cotes des bookmakers sur le sport réel, déjà évoquées, restent un débouché capital.
Un quatrième débouché est en forte croissance, celui du pari sportif virtuel, des simulations de matchs et de courses générées toutes les deux à trois minutes en continu par un algorithme, jouées du Royaume-Uni à l’Afrique francophone. Ces univers « synthétiques » comme Virtual Football Pro ou Football League s’appuient sur les modèles statistiques calibrés sur les données du sport réel.
PandaScore, l’œil de l’esport mondial
Quand un match de football virtuel ou une course hippique de synthèse paraît réaliste à l’œil, c’est bien souvent parce que ses paramètres reposent sur des distributions fournies par la startup parisienne PandaScore. Elle a été fondée en avril 2015 par Flavien Guillocheau, passé par l’École 42, et Jonathan Retterer, formé en data science.
L’entreprise a posé un constat simple : l’esport explosait sur Twitch et YouTube, des dizaines de bookmakers du monde entier voulaient proposer des cotes sur League of Legends ou Counter-Strike, et personne ne savait collecter automatiquement les statistiques en direct sur un flux vidéo.
Depuis, leur modèle identifie en quelques millisecondes quel jeu est diffusé, quelles équipes s’affrontent et en extrait des actions et des scores image par image.
SkillCorner, du heatmap pour bookmaker au tracking pour Liverpool
L’autre trajectoire est celle de SkillCorner, née un an plus tard à Paris de la rencontre, sur un cours d’entrepreneuriat de CentraleSupélec, d’Hugo Bordigoni et de Charles Montmaneix, ancien cadre du secteur bancaire.
SkillCorner a été pionnier dans la collecte automatisée des données de position (le « tracking ») à partir d’une seule caméra. Aujourd’hui, sa technologie couvre plus de 180 compétitions, à commencer par la NBA.
Do successful Champions League teams increase their physical performance when playing in the #UCL compared with their domestic league?
— SkillCorner (@SkillCorner) March 5, 2024
All four of last season's semi-finalists increased their in-possession work rate when playing in the UCL knockout phase, but only the Milan… pic.twitter.com/KkOmaDIonG
Leur basculement vers le sport s’est joué pendant la Coupe du monde 2018, quand Ian Graham, alors directeur de la recherche à Liverpool FC, est tombé sur une animation partagée en ligne et a pris contact via le formulaire du site.
Le bookmaker, traditionnellement en arrière-plan de l’écosystème sportif, aura donc été le premier acteur capable d’absorber la donnée tech industrielle française. Une matière première en temps réel qui alimente aujourd’hui les clubs, les médias ainsi que quantité d’autres acteurs.
