Il existe des jeux qui misent sur des univers gigantesques, des récits épiques ou des mécaniques d’une complexité vertigineuse. Et puis il y a Do You Even Forklift?, un titre indépendant qui choisit une direction radicalement différente : nous confier les commandes d’un chariot élévateur sur une île inspirée de la culture japonaise et des œuvres du Studio Ghibli. Sur le papier, l’idée peut sembler totalement absurde. Dans les faits, elle donne naissance à l’une des surprises indépendantes les plus rafraîchissantes de cette année sur Nintendo Switch. Entre puzzles physiques, humour permanent et ambiance zen, Take IT Studio! et Garage 5 livrent une expérience aussi atypique qu’attachante.

Difficile de ne pas sourire dès les premières minutes passées sur Do You Even Forklift?. Le concept est d’une simplicité désarmante : résoudre des énigmes en utilisant exclusivement un chariot élévateur.
Concrètement, chaque niveau propose un objectif précis. Il peut s’agir de déplacer des véhicules, de libérer un passage, de garer une voiture à l’emplacement indiqué ou encore d’empiler plusieurs véhicules afin de débloquer la situation. Les premières énigmes jouent volontairement la carte de l’accessibilité, permettant de se familiariser avec les commandes et surtout avec la physique si particulière du jeu.
Très rapidement, le titre révèle toutefois une richesse insoupçonnée. Les développeurs introduisent régulièrement de nouvelles mécaniques : véhicules électriques reliés à des bornes, barrières automatiques, emplacements colorés, lave-autos, compacteurs ou encore différents obstacles environnementaux.
Cette montée en puissance est particulièrement bien maîtrisée. Chaque nouveauté est présentée avec pédagogie avant d’être exploitée dans des situations plus élaborées. Résultat : la progression reste constamment stimulante sans jamais devenir décourageante.
Avec plus de 60 puzzles répartis sur l’île, Do You Even Forklift? parvient à maintenir un excellent rythme pendant une grande partie de l’aventure.
Une physique délicieusement chaotique
S’il fallait résumer l’expérience en un mot, ce serait probablement : imprévisible.
Le véritable génie du jeu réside dans sa gestion de la physique. Le chariot possède un poids crédible, les véhicules oscillent sur les fourches, les objets réagissent naturellement aux collisions et la moindre erreur peut transformer une solution parfaitement planifiée en un spectacle hilarant.
Sur Nintendo Switch, j’ai passé un nombre incalculable de minutes à rire après avoir envoyé involontairement une voiture dans un fossé ou renversé l’intégralité d’une installation après un virage pris avec un peu trop d’optimisme.
Et c’est précisément ce qui rend le jeu si attachant.
Là où certains puzzle-games punissent sévèrement la moindre erreur, Do You Even Forklift? adopte une philosophie beaucoup plus détendue. L’échec fait partie intégrante de l’expérience. Les situations absurdes se succèdent naturellement et deviennent souvent les meilleurs souvenirs de jeu.
Plus encore, les développeurs laissent une grande liberté d’expérimentation. Il n’existe pas toujours une unique solution stricte. Si vous trouvez une approche créative, voire totalement farfelue, le jeu l’accepte volontiers. Cette liberté renforce considérablement le plaisir de jeu.

Une véritable déclaration d’amour au Japon rural
L’une des plus belles réussites du titre reste sans conteste sa direction artistique.
Dès les premiers instants, l’inspiration revendiquée du Studio Ghibli saute aux yeux. Attention toutefois : Do You Even Forklift? ne cherche jamais à copier directement les célèbres films d’animation japonais. Il préfère s’en inspirer subtilement afin de créer sa propre identité.
L’île que l’on explore regorge de petites routes de campagne, de quartiers paisibles, de commerces colorés et de paysages bucoliques particulièrement accueillants.
Chaque environnement dégage une impression de sérénité rarement rencontrée dans ce type de production.
Le choix d’une esthétique stylisée fonctionne parfaitement sur Nintendo Switch. Les couleurs douces, les modèles volontairement épurés et la lisibilité générale offrent un rendu chaleureux qui participe énormément au charme de l’ensemble.
On ressent derrière chaque décor un véritable amour pour la culture automobile japonaise, mais également pour ces lieux du quotidien souvent délaissés dans le jeu vidéo traditionnel.
Une ambiance sonore qui invite à la détente
Cette atmosphère contemplative est renforcée par une bande-son particulièrement réussie.
Les musiques lo-fi accompagnent idéalement l’exploration et les phases de réflexion. Jamais envahissantes, elles installent une ambiance relaxante qui pousse naturellement à prendre son temps.
Même après plusieurs échecs sur une énigme plus complexe, il est difficile de ressentir de la frustration tant l’univers sonore invite à la détente.
Mention spéciale également au bouton dédié au klaxon. Complètement inutile d’un point de vue strictement ludique… et donc absolument indispensable.
Je dois reconnaître avoir utilisé ce fameux « bip bip » beaucoup plus souvent que nécessaire.
Une progression généreuse qui récompense les curieux
Les amateurs de complétion trouveront également leur compte.
Chaque niveau dissimule un bol de ramen à récupérer, portant leur nombre total à 65 collectibles. De quoi encourager l’exploration minutieuse de l’ensemble des stages.
Le jeu propose aussi un défi particulièrement insolite : transporter un chat sur son chariot pendant les niveaux. Une idée parfaitement en accord avec l’humour décalé du titre.
Ces contenus additionnels ne révolutionnent pas l’expérience, mais ils prolongent agréablement la durée de vie pour les joueurs désireux d’explorer chaque recoin de l’île.

Quelques répétitions sur la longueur, mais rien qui gâche l’aventure
Si Do You Even Forklift? séduit très rapidement, l’aventure montre néanmoins quelques petites limites lors de sa seconde moitié.
Certaines mécaniques reviennent plus fréquemment et quelques puzzles donnent parfois davantage l’impression d’exécuter une tâche que de véritablement résoudre une énigme inédite. Le sentiment de découverte, extrêmement fort au début, s’estompe légèrement au fil des heures.
De la même manière, certains collectibles apparaissent parfois un peu trop visibles, réduisant quelque peu le plaisir de la recherche.
Cela dit, ces légères répétitions restent largement compensées par le charme omniprésent du titre, sa physique amusante et son ambiance singulière. L’expérience conserve constamment cette capacité rare à donner envie de lancer « encore un dernier niveau ».
Sur Nintendo Switch, le jeu se montre particulièrement adapté au format portable. Les sessions courtes fonctionnent à merveille et renforcent encore davantage son aspect « jeu doudou » idéal pour se détendre.
Verdict : une pépite indépendante pleine de personnalité
Avec Do You Even Forklift?, Take IT Studio! et Garage 5 réussissent un pari qui paraissait pourtant improbable : transformer un simple chariot élévateur en héros d’une aventure mémorable.
Grâce à son excellent level design, sa physique hilarante, sa direction artistique inspirée et son ambiance délicieusement apaisante, le jeu s’impose comme une très belle surprise indépendante sur Nintendo Switch.
Certes, quelques séquences peuvent sembler un peu répétitives sur la durée, mais cela n’enlève rien au plaisir constant procuré par cette aventure atypique. Rarement un concept aussi simple aura été exploité avec autant de fraîcheur et de sincérité.
Do You Even Forklift? ne cherche jamais à révolutionner le puzzle-game. Il préfère proposer une expérience chaleureuse, drôle et accessible, et il y parvient avec beaucoup de talent.
Note : 8,5/10
Les plus :
- Un concept original parfaitement exploité
- Une physique source de situations hilarantes
- Plus de 60 puzzles variés
- Une direction artistique pleine de charme
- Une ambiance sonore relaxante
- Une excellente adaptation au format portable de la Switch
- Une vraie liberté d’expérimentation
Les moins :
- Quelques répétitions dans la seconde moitié de l’aventure
- Des collectibles parfois un peu trop faciles à repérer
- Certaines idées auraient mérité d’être davantage approfondies
Do You Even Forklift? prouve qu’il suffit parfois d’un chariot élévateur, d’une île paisible et d’une bonne dose d’imagination pour créer une aventure dont on ressort avec le sourire.














