Dans une récente interview, Arnold Hur s’est confié sans détours sur l’avenir de la scène League of Legends et de son équipe.
Cette semaine, Arnold Hur, CEO de Gen.G, s’est longuement confié au streamer français et ancien joueur professionnel Jean « TraYtoN » Medzadourian. Une interview sans filtre dans laquelle le dirigeant a dressé un constat sévère de l’état de l’esport League of Legends, évoquant une économie dysfonctionnelle, la hausse incontrôlée des salaires, mais aussi la philosophie humaine et compétitive qui guide l’une des organisations les plus prestigieuses au monde.
Une économie « cassée » et des incitations inversées
Le propos le plus marquant d’Arnold Hur résume à lui seul le malaise actuel : « Je ferai plus de profit en créant une équipe perdante sur League of Legends qu’en créant une équipe gagnante… c’est un système complètement cassé ». Selon lui, le cœur du problème réside dans l’absence totale d’incitations économiques à la performance. Un constat qu’il refuse d’imputer uniquement à Riot Games : « Tout le monde veut blâmer Riot, mais en réalité nous sommes tous responsables. »
Le CEO de Gen.G affirme que Riot a réduit ses dépenses esport d’environ 40 % sur les deux dernières années, tandis que les coûts salariaux des équipes de LCK ont continué d’augmenter. « En haut de l’échelle, les prix deviennent incontrôlables. En bas, certaines structures dépensent moins que jamais et abandonnent toute ambition », explique-t-il, évoquant même plusieurs équipes asiatiques incapables de trouver des repreneurs malgré leur place en LCK.
Pour Arnold, le « péché originel » de l’esport est plus profond : « Comment une plateforme en quasi-monopole comme Twitch n’a jamais réussi à rendre l’esport rentable ? Tant que le contenu de base ne génère pas assez de revenus, tout le reste est secondaire. »
Transparence salariale et intégrité compétitive
Face à cette situation, Arnold Hur plaide pour une transparence radicale. « Je suis totalement pour rendre les salaires publics. Je voterai oui à chaque fois. Mais les autres équipes ne le font pas », affirme-t-il, allant jusqu’à proposer la publication des comptes de résultat des équipes pour mettre fin aux débats biaisés. Il estime que certains dirigeants non-propriétaires cherchent avant tout à protéger leur poste plutôt qu’à assainir le système.
Cette honnêteté s’est aussi illustrée dans le cas du jungler Canyon. « Ça m’embête que Canyon ait signé pour beaucoup moins que ce qu’il aurait pu obtenir ailleurs. Il avait clairement de meilleures offres », reconnaît-il, tout en refusant toute pression affective sur les joueurs : « Dire ‘tu nous aimes, prends moins’, c’est une discussion stupide. »
La culture Gen.G avant l’argent
Si Gen.G ne peut pas toujours rivaliser financièrement, Arnold estime que l’organisation compense par son environnement. « Les joueurs savent qu’ici, la culture est dédiée à la victoire et au respect, du haut en bas ». Même pour des tournages ou contenus marketing, le consentement reste central : « Le simple fait de savoir qu’ils peuvent dire non change tout. »
Cette approche se reflète aussi dans la gestion de l’échec. L’élimination douloureuse aux Worlds a profondément marqué le dirigeant. « J’y suis resté une journée de plus, dans le noir, juste à réfléchir à ce qu’on devait améliorer ». De cette introspection sont nées des évolutions majeures sur la data, la performance et l’accompagnement mental des joueurs.
Traiter les joueurs comme des adultes
Sur la question du harcèlement et de la toxicité des fans, Arnold Hur adopte une position tranchée. « Ce sont de jeunes hommes et femmes. On doit arrêter de les infantiliser ». Pour lui, créer une bulle protectrice est illusoire à l’ère des réseaux sociaux. Gen.G préfère donner des outils : apprendre à relativiser les messages haineux, instaurer des plages sans téléphone ou limiter l’accès à certaines plateformes.
« Si tu traites les joueurs comme des enfants, ils se comporteront comme tels. Si tu les traites comme des adultes et que tu leur donnes les bons outils, ils seront prêts pour la vie », affirme-t-il, convaincu que cette philosophie explique pourquoi de nombreux joueurs choisissent de prolonger chez Gen.G malgré des offres plus lucratives ailleurs.
Le moment qui définit Gen.G
Interrogé sur son meilleur souvenir en tant que CEO, Arnold ne cite ni titre ni trophée. Il se souvient d’un ancien joueur, parti puis revenu, qui lui a confié : « Mon passage chez Gen.G a été la meilleure saison de ma carrière ». Pour le dirigeant, c’est la véritable mesure du succès : « Si on peut offrir ça à chaque joueur, indépendamment des résultats, alors on aura construit quelque chose de vraiment spécial. »
À l’horizon 2026, avec Canyon, Chovy et Ruler comme têtes d’affiche, Arnold Hur espère que Gen.G pourra allier cette vision à un objectif ultime. « Peut-être avec un titre de champion du monde à la fin », glisse TraYtoN. Une conclusion qui résume parfaitement l’équilibre recherché par Gen.G : gagner, sans perdre son âme.














